01 *Je n'ai qu'un but _




Semblable à un livre que vous avez entre les mains,
Vous entamez la lecture d'un nouveau chapitre,
Dès que vous avez digéré le précédent.





La voiture roule, je suis là, accoudée contre la vitre de la portière, je vois le paysage défiler, et les kilomètres me séparer de notre ancienne maison, mais au fond qu'on soit restés là où on était ou qu'on parte là-bas, qu'est-ce que cela change ? C'est fou ce que le trajet me parraît long, l'image des arbres en contre-bas devient floue, mon père conduit assez vite. Cela doit faire 2 heures que nous sommes partis, encore un peu de temps et nous arriveront. Je tourne la tête vers la droite, mon frère, les écouteurs dans les oreilles, le volume monté à une telle puissance que je comprends tout ce que dit le chanteur, il balance la tête de gauche à droite, suivant la mélodie de la musique.

- Jérémy ? Lou ? On va s'arrêter pour manger ! Dit ma mère.

Mon frère enleva un écouteur, et fit un signe de la tête. Je n'ai pas faim ... Pourquoi veulent-ils s'arrêter maintenant ? On est bientôt arrivés, on aurait pu manger là-bas. Mon père s'arrête à la première air où se trouve un restaurant. La voiture garée, tout le monde se rend à l'intérieur. Un serveur nous fait installer à une table, proche d'une baie vitrée par laquelle on peut voir les voitures défiler à une vitesse folle. On nous apporte la carte, mon frère a fait son choix en 2 secondes, et mes parents de même. Je fais mine de chercher un plat qui me convienne, en réalité je n'ai pas faim et je ne mangerai pas.

- Vous avez choisis ? Dit le serveur qui venait de sortir une fiche de commande et un stylo.
- Un steak / frite ! Dit mon frère en lui tendant sa carte.

L'homme nota, saisit la carte et attendit la suite.

- Un tartare de saumon ! Dit mon père qui démontrait un grand appetit.
- Et une salade de campagne ! Dit ma mère en souriant.
- Lou ? Dit mon père. 4 regards se tournèrent alors vers moi.
- Je n'ai pas faim . Dis-je brièvement.
- Tu ne vas pas recommencer ! Dit ma mère en montant d'un ton.
- Bien, un deuxième steak / frite s'il vous plait ! Dit mon père en détournant son regard vers le serveur.

Le serveur hocha la tête tout en notant la commande, saisit ma carte et partie en cuisine. Ma mère me fixait, je fesais mine de rien. Je n'avais pas faim ! Ce n'était pas difficile à comprendre ! En fait si. Pour eux cela l'était. Puisque je n'avais jamais faim ou très rarement mais cela restait mensonge. Je tournais mon verre dans tout le sens, craignant la moindre parole que ma mère pourrait sortir. Ma mère prononça un " Je " mais mon père la stoppa et se tourna vers mon frère.

- Jérémy tu veux bien enlever tes écouteurs s'il te plait. Dit-il.
- Pardon. Dit mon frère en rangeant son MP3.

Peu après un silence pesant brisé par les voix rassemblées des gens qui nous entouraient, les verres qui s'entrechoquaient et le bruit des couverts, oh rien que ça me fichait la nausée, les plats arrivèrent. L'assiette disposée sous mon nez m'ecoeurait, toute cette graisse, cette nourriture, je n'avais pas faim c'est tout ! Je voyais mon frère attaquer ses frites avec appetit et mes parents de même pour leur plat, moi, je jouais avec ma fourchette, séparant les frites, coupant le steak haché de façon à ce que ma nourriture donne l'impression d'avoir été mangé un peu.

- Manges Lou ! Dit ma mère d'un ton sévère.

Mon père me regardait avec un regard qui donnait le même effet que la réplique de ma mère et mon frère fesait comme si il n'avait rien entendu. Je les regardis un moment puis replongea mon regard dans mon assiette, un regard de dégoût en quelque sorte. Ma fourchette se planta dans une frite, je leva le bras de façon à ce que celle-ci se rapproche de ma bouche, je sentais déjà l'odeur de friture titiller mes narines, et j'étais écoeurée. A contre coeur, l'aliment entra dans ma bouche et à peine avait-il effleuré mes papilles que je sentie l'envie de vomir monter en moi. Je mâcha avec dégoût et déglutis d'une façon rapide. Ma mère me regardait toujours l'air de dire "Encore, continues !". J'obéis, biensur... Je recommença cela 6 fois. 6 fois ! C'est énorme ! C'était beaucoup trop et c'était... infecte... Mes parents et mon frère avait finit de manger.

- Je vais demander l'addition, en suite nous repartirons. Dit mon père.

L'addition arriva, mon père paya, mes parents remerçièrent. On se leva et je savais déjà quel chemin j'allais prendre... On sortit, le vent fouetta mon visage, mon frère remit ses écouteurs et mon père alluma une cigarette pendant que ma mère téléphonait.

- Je reviens, je vais aux toilettes. Dis-je à mon frère qui hocha la tête en guise de réponse.

Je partis en direction des toilettes. Etrangement ceux-là n'étaient pas semblables à ceux que vous pouvez rencontrer sur une air d'autoroute, non, ils étaient plus propres et plus accueillants. En rentrant je remarqua directement, deux jeunes femmes d'une trentaine d'années qui se remaquillaient devant le mirroir situé au dessus des lavabos.

- Tu te rends compte, j'ai pris 1kg avec ce que sa belle-mère m'a fait avaler ! Dit une des deux.
- Tu peux te le permettre tu sais ! Dit la seconde.

Elle soupira et se remit du mascara, en me voyant elles me dévisagèrent, et je rentra vite dans une cabine, je ferma le verou et attendis un peu. Qu'attendais-je ? Qu'elles partent ! Et quelques minutes plus tard j'entendis la porte s'ouvrir puis se fermer, le silence se fit, j'étais seule. Je réunis mes cheveux que j'attachèrent en queue de cheval avec un élastique. Je m'accroupie légèrement au dessus de la cuvette. Deux doigts suffirent, je les enfonçis au fond, bien au fond, et l'effet fut radical. Tout ce que j'avais avalé sorti à une vitesse folle et se trouva vite dans les WC. Voilà je me sentais mieux, libérée. Soulagée d'avoir effaçé cette grosse erreur. Je passa une main sur mes lèvres, essuyant ses contours d'une façon rapide. Je tira la chasse et ouvris le loquet pour sortir, je me posta face au mirroir. Je lava mes mains. Resta un cours instant comme ça, face à moi-même, à mon image, à cette horreur que j'étais. Et je sortis. Je rejoind ma famille qui m'attendait dans la voiture. Je vis le regard indigné que ma mère me portait, mais je l'ignorais. Et la route reprit, le chemin qui nous menait vers cette nouvelle ville... Bientôt je découvrirais ce nouvel endroit...


Délivre-toi de ce poids avec tes doigts...

# Posté le dimanche 10 février 2008 16:01

Modifié le jeudi 10 septembre 2009 15:33

02 *Termine ton effort_



Tout va si vite. Nous voilà déjà arrivé. On sort de la voiture. Une magnifique maison de style moderne. On rentre à l'intérieur, je découvre alors une belle demeure, disons que cela à l'air agréable, agréable "à vivre". Le gros camion de déménagement arrive. Et tout suit. Les cartons, les quelques meubles... On a passé la fin de la journée à tout débaler, tout ranger. Je suis épuisée. Mes jambes tremblent. Je n'ai pas d'énergie. Je me rend alors dans ma chambre, la nouvelle. Plusieurs cartons sont étallés aux quatres coins de la pièce. J'ai mis en place le nécessaire, je rangerai le reste demain. Mon père commande des pizzas.

- Lou, J'ai commandé à manger ! Dit-il.
- Oh je suis fatiguée, je vais aller me coucher papa. Bonne nuit. Dis-je d'une voix mou.

Il acquisse. Me voilà allongée sur mon lit. Je pose ma main sur mon ventre. Je peux légèrement sentir mes os. Ma cage thoraxique. Je ferme les yeux. J'ai l'impression que le peu d'énergie que j'avais économisé c'est volatilisé avec tous ces efforts. Je ne sens pas mon corps. Je sais juste, que je n'ai pas la moindre envie de bouger. Je ne tarde pas à m'endormir. Le sommeil me gagne vite. Et les cauchemards mêlés à des rêves étranges hantent ma courte nuit. La lumière du soleil vient pénètrer dans ma chambre, frollant mes paupières, automatisant mon réveil. Je frotte mes yeux. Je regarde mon radio réveil : 9h30. Je m'étire un peu et me lève péniblement. Je reste debout un instant, le temps de me stabiliser, de m'équilibrer. Je descend, mes parents sont à table, ma mère devant sa tasse de thé et mon père son mug contenant du café, à la main. Ils me sourient.

- Bonjour. Me dirent-il.
- Bonjour. Répondis-je.

Je saisis une pomme disposé dans un plat aux côtés d'autres fruits. Je m'assois près de mes parents et mange, doucement. Mon père lit son journal. Ma mère s'apprête à prendre la parole.

- Bon. Aujourd'hui encore du travail, il faut tout mettre en ordre. Enfin, les divers cartons qu'il reste. Où en es-tu dans ta chambre Lou ? Dit-elle.
- Il m'en reste quelques uns mais je n'en ai pas pour longtemps. Dis-je.

Elle hoche la tête. Mon déjeuner terminé. Je me lève, pousse la chaise et monte. Je pris l'initiative d'aller réveiller mon frère. Une fois devant la porte je pris le temps de l'ouvrir doucement, j'entre alors dans la pièce, plongée dans l'obscurité, avec le peu de lumière qui y entre je peux trouver le chemin qui mène vers son lit. Je m'allonge à ses côtés et attends. Il respire fort. Il respire toujours fort quand il dort. Je suis bien à côter de lui. Il me comprend, enfin c'est compliqué à expliquer. Disons qu'il sait qu'on ne peut, en quelque sorte rien changer à ce qu'il m'arrive, seule moi peut prendre les décisions. J'attends, et petit à petit, il émerge et remarque ma présence.

- Ca va petit soeur ? Dit-il. Je devine qu'il sourit.
- Oui, et toi, bien dormi ? Répondis-je.
- Oui. Dit-il en baillant.

Je me lève, lui fait de même, je lui souris, chose qu'il me rend et pars dans ma chambre. Il faut que je range mes affaires, enfin ce qu'il me reste. Demain c'est la rentrée. J'ai un peu peur. Nouveau lycée. Nouveaux visages, nouveaux regards. J'appréande. J'ai fini, tout est à peu près en place, cela me convient. Je pars me doucher. Après une petite toilette, m'être habillée, maquillée et coiffée. Je vais dans la chambre de mon frère, il range ses affaires.

- Il fait beau. Je vais surment aller faire un tour, tu veux venir ? Dit-il en restant dos à moi.
- Pourquoi pas. Lui répondis-je.

Il se tourne vers moi, me sourit, et attrape une veste.

- Allez. Dit-il en prenant ma main.

Je fus dans l'obligation de le suivre. Au rez-de-chausser on trouve mes parents, mon frère les informe du fait que l'on sort un petit moment. Eux, allaient surment voir les nouveaux voisins.
Jérémy et moi marchons tranquillement dans la grande rue. De belles maisons nous entourent. Un milieux aisé je dirais. Je crois que ce quartier convient à mon frère. Il a l'air de l'appréçier. On continue à marcher. Bientôt, on se trouve face à un terrain de foot sur lequel un groupe de jeunes jouent. Mon frère se dirige vers un des joueurs, d'une façon étrange, Je dirais, comme si il le connaissait déjà. En effet c'est le cas, il lui serre la main. Je reste à l'entrée du terrain, à l'attendre. Bientôt le petit groupe de joueurs se trouve autour de mon frère. Je n'entends pas ce qu'il raconte, mais Jérémy a du leur faire part que je suis sa soeur, ils se tournent vers moi. M'observant de la tête aux pieds. Je suis destabilisée et baisse les yeux. Je ne veux pas rester là, pas avec tout ces regards étonnés qui me fixent. Je rebrousse chemin, pour partir. Mon frère me rattrape,

- Où tu vas ? Dit-il étonné.
- Je rentre, Je ne suis pas très à l'aise ici. Et puis tu as l'air de déjà les connaitre, alors restes avec eux d'accord ? Dis-je d'une voix sympatique.
- Oui mais ça m'embête, tu ne veux pas rester ? Dit-il.
- Non non, je préfère rentrer. A toute à l'heure. Répondis-je avant de repartir.

Lui, retourne vers la bande de garçons. Au fond ils sont peut-être gentils. Mais leurs regards ne me plaisent pas. Pourtant ils sont naturels. Naturellement choqués...
Demain est en grand jour, en quelque sorte. J'ai peur. Une fois à la maison, je découvre ma mère et mon père dans le canapé, je m'assois près d'eux,

- Tu n'es pas avec ton frère ? Dit mon père.
- Non, il est resté avec une bande garçons. Répondis-je.
- Des nouveaux copains. C'est bien. Dit ma mère en souriant. J'ai rencontré un de nos voisines, et figures toi qu'elle travaille dans la même boîte que moi ! Elle est très sympatique ! Reprit-elle.
- Ah oui ? C'est une coïncidence. Dis-je en esquissant un petit sourire.
- Oui ! Et figures toi qu'elle a un fils. Il a ton âge ! Dit-elle d'une voix enjouée.
- Oh. Dis-je en fixant mes pieds.
- Prête pour demain ? Dit mon père en changeant de sujet.
- Euh... Oui, je pense. Répondis-je.

Après cette petite conversation, je me dirige vers ma chambre. La journée passe à une vitesse folle. Mon frère finit par rentrer, content, satisfait de ses rencontres. Il me rejoind dans ma chambre,

- Tu aurais mieux fait de rester Lou, ils sont vraiment super sympas ! Dit-il.
- Avec un peu de chance, tu seras peut-être dans la classe de l'un d'eux ! Dis-je.
- Ce serait cool ! Répondit-il en souriant.

On continue à parler de tout et de rien, quand notre mère nous appelle pour passer à table. Le supplice, en quelque sorte... Je bloque comme toujours, devant mon assiette. Et on me forçe, à avaler quelque chose. J'obéis, que puis-je faire d'autre ? Et une fois sorti de table c'est la même habitude... Je m'enferme dans la salle de bain, et me vide. Comme tous les jours. Je me délivre de ce poid qui me gêne. Et après ça va mieux, même si c'est un grand mot. J'ai mal à l'estomac, mais j'ai l'habitude, et puis j'ai ce goût acide dans la bouche, dans la gorge, mais ça aussi, je connais depuis longtemps... Mais je suis débarassée et ça, c'est bien.
Je me couche à une heure raisonnable et étonnament le sommeil ne tarde pas à venir. Comme chaque nuit, cauchemards et images destabilisantes troublantes...

N'oublie jamais que le corps n'oublie jamais...

# Posté le samedi 23 février 2008 18:25

Modifié le jeudi 10 septembre 2009 15:31

03 *Désastre corporel_



Mon réveil sonne. Alors c'est aujourd'hui. Le grand jour. J'ai une boule dans le ventre. Je reste alors un moment dans mon lit, la peur au ventre comme on dit. Je finis par me lever. Je descend les marches unes à unes, me rend dans la cuisine, où je trouve mon père assit devant sa tasse de café, le journal à la main, un peu comme tous les matins. Ma mère sous la douche, mon frère qui dort encore, du moins je pense. Je mange un fruit, habitude matinale. Je monte et m'enferme dans la salle de bain. Je me douche. Je me prépare. Les minutes défilent et je suis prête. Ma mère nous dépose, Jérémy et moi devant notre nouveau lycée. Déjà quelques personnes attendent devant la grille principale. Je descend de la voiture, suivis par mon frère. Un rapide signe de main à maman et elle s'en va. Mon frère part alors vers la bande de garçons, la même qu'hier, ses nouveaux "amis". Moi, je reste seule, je m'appuie contre un poteau, laisse tomber mon sac bandoulière à terre. Je sens déjà quelques regards qui se posent sur moi, ce n'est que le début. Et bien vite la grille s'ouvre, laissant alors le passage aux élèves, je les suis. Nous entrons dans le bâtiments, dans le hall. A droite sur le mur, sont accrochées plusieurs feuilles, sur lesquelles y sont inscrites les classes. Une foule se forme près du panneau. J'ai perdu mon frère de vue. Ah non, le voilà qui vient vers moi,

- Lou, Tu es en Première A. Dit-il en me souriant.
- Oh. Dis-je d'un ton neutre. Et toi ? Continuais-je.
- Terminale C, je suis avec les gars. Dit-il toujours avec un air satisfait.
- C'est bien, je suis contente pour toi. Lui répondis-je en me forçant à sourire.

Et il part avec sa classe. Une fois l'attroupement dispersé, je m'approche du tableau : Première A, Salle 38. Intéressant, reste à la trouver cette salle ! Deux jeunes filles à mes côtés discutent brièvement,

- Salle 38, c'est au deuxième étage ça, tu viens ? Dit l'une.
- Je te suis ! Répondit l'autre.

Je décide de les suivre après tout c'est pour moi la seule façon de trouver mon chemin. Je suis alors les filles dans les escaliers. Des nombreuses marches à gravir. C'est un effort, cela parait si facile pour vous, vous qui avez tant de force dans votre corps. Je peine à monter ces marches. Une fois l'ascension achevée, j'arrive finalement devant cette fameuse salle, dont la porte et ouverte et dans laquelle les élèves se rendent. J'entre, la pièce est assez lumineuse, un grand tableau , des bureaux, des chaises, une salle de classe ! J'avance vers le fond, de nombreux regards me fixent, quelques remarques fusent alors entre voisins "Tu as vu !" ou bien "Elle est maigre !", j'ignore... Je m'assois à une table qui se situe près de la fenêtre. Une fois tous les élèves à leur place, le professeur principal prit la parole,

- Bonjours à tous. Je suis Madam... Elle est coupée par un élève qui entre dans la classe. Et bien, un bon début d'année jeune garçon. Dit-elle.
- Excusez moi Madame. Dit-il confus.

Toutes les chaises sont occupées, sauf celle à mes côtés. Il n'a pas le choix, il s'assoit donc à ma table, il me sourie, je détourne le regard, comme intimidée. Je l'ai observé, discrètement, du bureau du professeur, jusqu'à ici. Il est brun, une mèche assez longue cache un peu son oeil droit. Il a l'air assez grand, un jean simple, une veste en cuir, un sac noir. Pourtant je l'ai reconnu. C'est lui. Oui, le garçon à qui mon frère a serré la main hier. C'est un des seuls à qui j'ai vraiment "fait attention". Je songe, pendant que le professeur fait son discours. Et lui il prend enfin la parole, en chuchotant,

- C'est bien toi la petite soeur de Jérémy, non ? Dit-il.
- Oui. Répondis-je d'une petite voix.
- Je t'avais reconnu. Dit-il en souriant.

Je ne répond rien. Que pouvais répondre ? "Ah oui, c'est moi la fille que certaines personnes appellent sac d'os. C'est moi la soeur du garçon à qui tu as serré là main, et c'est moi que l'on traite d'anorexique parce que... Parce que je le suis..." Je suis malade, je le sais. Mais cette maladie est physique mais elle est principalement psychologique. Vous n'imaginez pas ce que je peux ressentir, vous vous faites juste un avis sur cette maladie, celle qui en tue plus d'une... Et je me souviens, je me souviens du jour où ma mère m'a dit "Je ne veux pas que ma fille meurt !". Oh maman... J'essaye tu sais, tu sais que j'essaye de me soigner, et que je le fais pour toi, pour papa, pour Jérémy. Mais c'est dur, terriblement dur pour moi... Cette dépendance est la seule chose qui comble mon vide intérieur. Je suis quelqu'un que la nourriture dégoûte. Toutes les pâtisseries, bonbons, et choses là ne m'attirent pas. Je n'ai pas faim. Je n'ai jamais faim. Manger c'est me forcer. Vomir c'est me libérer.

- Je m'appelle Lilyan. Finit-il par dire.

Je tourne finalement la tête vers lui, il me regarde, il sourit. Il attend une réponse, c'est évident, et puis ce n'est pas compliqué de dire son prénom, alors qu'est-ce que j'attends...

- Et moi Lou. Répondis-je.
- Je sais. Dit-il, il ne quitte pas ce sourire. Ton frère me l'a dit. Poursuit-il.

Oui. Je suis bête. Lou... C'est moi... L'anorexique que vous regardez étrangement quand vous la croisez dans la rue. Parce qu'elle est si maigre que vous vous demandez comment elle tient debout. Celle que vous ne verrez jamais avec un sachet de bonbons à la main. Celle que vous ne verrez jamais en train de rigoler avec ses amis. Parce qu'elle n'en a pas. Un squelette recouvert d'une fine peau fait peur aux "amis". Ou bien parce que sa seule amie, elle l'a perdue... Cette seule amie ne reviendra plus... Plus jamais...

- Faites en sorte d'avoir le maximum de fournitures demain ! Au revoir. Dit le professeur.

La classe s'agite, tout le monde se lève, et sort de la salle. Je fais de même suivit par ce, Lilyan. Le professeur m'interpelle,

- C'est bien vous la nouvelle, je me trompe ? Dit-elle.
- Non. Enfin oui c'est bien moi. Répondis-je.
- Très bien. Je crois que le principal souhaitait voir vos parents. Dit-elle.
- Oh, et bien je leur dirais. Dis-je.
- A demain jeune fille. Dit-elle en s'asseyant à son bureau.

Je hoche la tête, et sors pour traverser le couloir, désormais vide. Je longe le mur. Je suis pris d'un léger vertige, et m'appuie contre celui-ci, tout de suite je sens une main se poser sur mon épaule,

- Ça va ? Dit l'anonyme.

Je me tourne vers la personne, lui,

- Oui, merci. Répondis-je.

Il me sourit en guise de réponse. Je frotte mon front, et repart, pour sortir du lycée, et lui, il me suit toujours, en même temps, il est un peu contraint de prendre le même chemin. Mon frère est là, dehors, je le rejoint,

- Hé Lilyan, tu as fais connaissance avec ma soeur ? Dit-il.
- Oui, enfin on est dans la même classe. Répond Lilyan.
- C'est cool ! Dit mon frère. Ça te dit un foot ? Poursuit-il.
- Euh... Oui, si tu veux ! Dit Lilyan.
- Lou, tu dis à papa et maman que je les appelle.
- Oui. A plus tard. Dis-je à Jérémy. Au revoir. Dis-je d'une voix hésitante à Lilyan.
- A demain ! Me répondit-il en souriant.

Je rentre à la maison. Assez fatiguée. Les rues sont vides. Je branche mon MP3. Et marche tranquillement jusqu'à ce que j'atteigne la maison. La maison est vide, il est 13h. Au moins personne ne me forcera à manger...


Essaie de lui dire qu'il n'est pas trop tard...

# Posté le mercredi 27 février 2008 18:08

Modifié le jeudi 10 septembre 2009 15:31

04 *Mon cadavre de l'ennui_



J'ai bien peur de ne pas y arriver. Mes efforts soi-disant, fournis, ne riment à rien, ne servent à rien. Je replonge sans cesse. A quoi bon tenter d'arranger le tout. Les dés sont déjà jetés, je connais mon futur, du moins je le pense. Il me guette de si près que je peux presque le toucher. Pourtant j'avais précédemment, l'espoir de m'éloigner un peu de celui-ci, finalement non. Je cesse les efforts, laisse place à la dépendance. Et je repense à toi.

Mon après-midi est libre, il me faut simplement faire les courses au sujet scolaire. Ma mère ne tarde pas à rentrer, et me propose de nous rentre directement au supermarché, chose que nous faisons, le trajet s'effectue dans un profond silence.
On traverse les rayons, prend selon dont on a besoin. Je dois dire que c'est assez rapide, et tant mieux. Je me dis que plus vite nous allons, plus vite nous rentrerons...

- Viens, on va acheter quelque chose pour le dîner. Dit-elle et me guidant vers les rayons alimentaires.

Son regard me défie un peu, elle cherche a me coincer, je le sens. Elle observe plusieurs choses, jusqu'à ce que finalement, elle fasse son choix,

- Lasagnes pour ce soir, ça te va ? Dit-elle en souriant.
- Je... Jérémy adore ça. Répondis-je.

Je tourne les talons, avance en direction de la caisse, suivit de près par ma mère. Il y a du monde, et parmi ces nombreuses personnes, je distingue certains cas. La petite fille âgé d'à peine 7ans, qui apprécie ce genre de courses. Le monsieur d'un certains âge qui attend patiemment que la queue avance. Le couple qui dépose un à un les articles sur le tapis de la caisse. La femme enceinte qui admire son achat, futur vêtement pour le bébé à venir. Mon regard finit par se poser sur un visage que je reconnais. Lilyan. Il me remarque, me sourit et m'adresse un signe de la main, il est avec un de ses copains, visiblement pas en compagnie de mon frère. Je lui réponds par un sourire, timide, puis détourne le regard.

Allongée sur mon lit, j'entends le vent s'engouffrer dans la charpente de la maison, provoquant un bruit étrange. Les gouttes de pluie se déposent alors sous de petits clapotis sur ma fenêtre. Ces deux bruit mêlés sont agréables à l'écoute, je ferme les yeux, patiente.

Je repense au passé, j'ai l'impression qu'il ressurgit et que les souvenirs me hantent. Je stagne entre les deux avis, les deux opposés, et c'est dur, terriblement dur. Au fond j'ai encore cette petite voix qui me force. Elle me force à atteindre le but, celui que je me suis fixée dès le début...

- Lou ! Tu peux descendre s'il te plait. La voix de ma mère qui provient du rez-de-chaussée.

Je m'exécute, et la rejoins. Elle n'est pas seule, je trouve à ses côtés, une femme, qui doit avoir à peu près, un âge similaire au sien. En me voyant, celle-ci parcoure rapidement mon corps d'un rapide regard, puis me sourit, sincèrement, du moins c'est l'impression qu'elle donne.

- Eliane, voici ma fille Lou. Lou je te présente Eliane, c'est une collègue, nous travaillons ensembles, mais c'est aussi notre voisine ! Dit ma mère d'une voix enjouée.
- Enchantée ! Dit Eliane.
- De même. Répondis-je timidement.
- Mon fils aîné n'est pas là, mais je te le présenterai. Dit ma mère à Eliane.
- Avec plaisir. Lui répond-elle.
- Je... Je vais remonter. Déclarais-je.
- A bientôt. Me dit Eliane.

Je souris timidement, et retourne dans ma chambre. Je me poste près de la fenêtre. Il pleut toujours. Dehors, je vois deux jeunes filles courir pour échapper à l'averse, elles rient. Elles semblent heureuses, joyeuses. C'est agréable à regarder mais quand on compare cet état au notre, d'un coup la situation s'assombrit...

C'est elle qui t'a achevé n'est-ce pas ? C'est sa faute si tu es partie. Elle t'a mené jusqu'à la mort. T'as traîné, non de force. T'as montré tous les côtés soi-disant positif de la chose. Tu l'as écouté. Je t'ai écouté. Je croyais que tu avais raison. J'aurai dût te raisonné. Non je t'ai suivis.

*Ana ma vie. Ana ma voie. Je te suis. Tu es moi*

- Lou ? Ce soir, les voisins viennent dîner. M'annonce mon frère qui vient d'entrer dans ma chambre.
- D'accord. Dis-je tout en observant la rue à travers la fenêtre.
- Tu sais, ce sont Lilyan et ses parents. Continu-t-il.
- A quelle heure arrivent-ils ? Dis-je en tournant la tête vers lui.
- D'ici une heure. Me répond-il.

Je hoche la tête. Il sourit. Ses cheveux humides sont décoiffés. Sur sa veste se dessinent les traînées des gouttes de pluie. La couleur de son jean est foncée, étant donné que celui-ci est mouillé. Et ses chaussures sont sales et pleines de terre.

- Tu es trempé Jérémy. Lui dis-je.
- Oui je sais, on a joué malgré la pluie. Un bon match je dois dire. Déclare-t-il.
- Tu t'es bien amusé ? Dis-je.
- Oui. Ces garçons sont sympas, vraiment. Me répond-il en souriant. Bien, je vais me doucher. Soit prête dans une heure ! Continu-t-il.
- Je le suis déjà. Dis-je.

Il sourit et quitte la pièce. Je reste un instant sans bouger, puis, me décide à faire mon sac pour demain. Je glisse alors mes affaires neuves qui concernent les cours de cette prochaine journée, dans mon sac. Je laisse ma bandoulière de coter. Je me rend dans la salle de bain. Coiffe mes cheveux, repasse un coup de crayon noir sur mes yeux. Je retourne dans ma chambre. M'allonge un instant sur mon lit, et reste pensive comme à mon habitude. Imaginant un monde meilleur. Imaginant l'impossible. Je ferme les yeux. Noir obscure, solitude profonde, vide intérieur, sentiment d'isolation.

- Lou, ils sont arrivés. Dit mon frère à travers la porte de ma chambre.
- J'arrive. Répondis-je.

Sur ce, je me lève. Combien de temps suis-je restée ainsi ? Qu'importe. J'ouvre la porte, traverse le couloir, gravis lentement les marches, j'entends quelques voix provenant du salon.

- Oui, elle est malade ... Oui oui l'anorexie... Assez longtemps pour avoir du être hospitalisée... La voix de ma mère.

Je pénètre dans le salon, trouve mes parents, Eliane et compagnie d'un homme qui doit sur ment être son mari et... Lilyan, leur fils visiblement, ainsi que mon frère. Je fais comme si aucun mot de leur conversation précédente ne m'était parvenus.

- Bonsoir. Déclarais-je avant de faire la bise à la famille voisine.
- Voici, Amaury, mon mari. Et Lilyan mon fils. Me dit Eliane.
- Oui nous nous connaissons. Dit Lilyan en souriant.
- Je savais que tu connaissais Jérémy mais pas Lou. Lui répond-elle.
- Nous sommes dans la même classe. Ajoute-t-il.
- Je vois. Lui dit-elle.

Je m'assois une un siège, proche de celui de mon frère, il me sourit, je fais de même. Je reste silencieuse, repense à ce que j'ai entendu précédemment. Comment ma mère peut-elle dévoiler ma vie à quelqu'un qu'elle connait depuis si peu ? Comment peut-elle la dévoiler tout court ? Je songe à tout ça. Et ses phrases qui me rappellent tant de choses. De dures périodes.

On ne ressemble, qu'à ce qu'on fait...

# Posté le dimanche 16 mars 2008 17:19

Modifié le jeudi 10 septembre 2009 15:31

05 *Douleur intestinale_



Nous passons à table. Assis, chacun à sa place. La nourriture défile. Dégoûtée, mais forcée, je suis obligée.

- Lou, donnes moi ton assiette. Dit ma mère.

Je suis loin d'avoir le choix. Mais je ne bouge pas. Mon père assis à mes côtés, saisit l'assiette et la tend à ma mère qui s'empresse de la remplir. Infâme dégoût. La plat sous mes yeux. Situation affolante.

Nous sommes tous servis. Et tous commencent à manger. Je prend mes couverts. Je sens déjà le regard de ma mère, celui qui veut dire "Manges" . Je n'ai pas besoin de lever les yeux et de la regarder, non, je le sais. Alors je mange, tel un mensonge. Je mens oui à travers mes actes. Mensonge et semblant de la vie qui me pourrie. C'est un réel sentiment de lassitude qui me traverse. Mais au fond, je me sens répugnante et vide. Mon coeur est-il toujours consacré à l'amour, où ne sert-il plus qu'à battre pour me faire vivre ?

Oh Ana où en sommes-nous ? Ana vois-tu jusqu'où tu m'as mené ? Dois-je regrettée ? Je connais ta réponse, mais toi, sais-tu ce que j'en pense et quel est mon avis ? Tu es toujours en moi n'est-ce pas ? Est-ce que j'avance à contrecoeur ? Est-ce toi qui m'y pousse sans cesse ? Ai-je droit à un temps de répit ? Désormais ce n'est plus moi qui contrôle ma vie, c'est toi qui t'en charge... Et où est la logique dans tout ça...?

- Ça va Lou ? Me chuchote mon frère.
- Oui enfin je... Oui. Répondis-je.
- Tu te sens bien ? Tu veux sortir de table un instant ? Continue-t-il.
- Non. Non ça va... Dis-je.

Lilyan nous observe, et nous écoute, non pas d'un regard méprisant mais, compatissant. Étrangement, je me sens légère sous son regard, comme aidé. Non. Cela doit être une impression. Juste une impression. Rien de plus.

Nous arrivons au dessert. Soi-disant délice. Dessert. Qui a pour définition agréable sensation et plaisir pour nos papilles. Selon moi, ce serait plutôt. Graisse, calories, et autres points négatifs.

- Eliane, je te sers ? Dit ma mère.
- Avec plaisir ! Répond-elle.
- Ça a vraiment l'air délicieux ! Dit Amaury.

Ma mère sert Eliane, Amaury, Lilyan, ainsi que mon père.

- Jérémy ? Dit ma mère.
- Non merci, j'ai trop mangé, je n'en peux plus. Dit-il sur un ton ironique.
- Bien, Lou ? Dit ma mère.
- Non merci. Répondis-je.

Elle ne rétorque pas. Sur ment parce que mon frère non plus n'en voulait pas, je ne sais pas... Le repas finit, nous sortons de table, les adultes passent dans le salon pour poursuivre leur discussion. Lilyan et mon frère se rendent à l'étage, dans la chambre de Jérémy. Et moi, je prends le chemin habituel...

Une fois dans la salle de bain, je prends soin de bien fermer la porte. J'attache rapidement mes cheveux, et m'accroupie près des toilettes. Rituel habituel. J'ai mal... Restes. Aliments non digérés. Je suis censée être habituée. Mais j'ai mal. Je me relève, tremblante. Je passe de l'eau sur mon visage. Plusieurs frissons me parcourent. Je m'appuie contre le lavabo un instant, ferme les yeux.

"Tu dois être forte Lou."

Je me lave les mains, rince mon visage, détache mes cheveux. Tire la chasse. Enlève toute trace de malaise. Je tourne le verrou, passe rapidement mes doigts sur ma bouche, et ouvre la porte.

- Je... Oh désolé. Dit Lilyan qui s'apprêtait à ouvrir la porte.
- Ce n'est rien. Lui répondis-je.
- Tu vas bien ? Tu... Tu es toute pâle... Dit-il d'un air inquiet.
- Oui oui. Dis-je.
- D'accord... Répond-il d'un ton qui prouve qu'il est loin d'être convaincu.

Je me pousse, lui entre dans la pièce, et je traverse le couloir pour gagner ma chambre, je croise Jérémy.

- Ça va ? Dit-il en souriant.
- Oui, et toi ? Dis-je.
- Ça va. Tu veux jouer avec nous ? M'interroge-t-il.
- A quoi vous jouez ? Demandais-je.
- Aux jeux vidéos ! Dit-il.
- Non merci, tu sais que je n'aime pas ça. Dis-je.
- Hm oui... Mais bon on ne sait jamais, si tu voulais exceptionnellement... Dit-il.
- Mais c'est gentil d'avoir proposé ! Lui répondis-je.

Sur ce, je pars dans ma chambre. Je m'allonge sur mon lit, mais me relève vite, j'ai mal. Mon estomac me fait souffrir... Je me lasse de tout ça. De mes habitudes. De mes souffrances. D'endurer tout ça... J'ai froid, et tous ces spasmes... Je me rallonge et colle mes genoux contre ma poitrine...


L'enfer n'est pas toujours sous terre...

# Posté le vendredi 11 avril 2008 06:39

Modifié le jeudi 10 septembre 2009 15:31